idées sentiments

Dimanche 28 mai 2006


Mes oreilles se bouchent, et elles se débouchent, et elles se rebouchent… au grés des tunnels la musique suit ce jeu d’oreilles. Dans ce TGV les voitures semblent arrêtées, les arbres sont une traînée mais les tunnels insupportent mes oreilles. A 320 Km/h j’ai foncé vers toi, à 320 Km/h ils ont foncé dans moi, le mur de tes mots et ta voix si chère maîtresse de mes maux. Je m’éloigne de toi aussi vite que tu m’abandonnas, et les tunnels exaspèrent mes tympans. Et mes yeux coulent, sans arrêt des perles roulent oubliant les tunnels et les conventions, larmes d’amour qui meurent sur la tablette du TGV 8507 à destination de Paris Montparnasse. Un couple s’embrasse, une femme caresse son chat et moi je vois tout ça. Et je pleure.

Par Johann
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Samedi 9 décembre 2006

Drôle de vie, drôle de personnage que je fais. Peut être sommes nous tous étranges mais je ne peux que constater que moi en tout cas je le suis. Je me pose tellement de questions et des questions sur les réponses, et d es questions sur les réponses des réponses qui me ramènent aux premières questions, interrogations circulaires à rendre fou ou schizophrène. Dans ces eaux troubles, seules m’apparaissent certaines choses ou plutôt certaines intuitions inévitables, certaines certitudes que je sens ancrées en moi et qui, si je les reniais, me brideraient toute ma vie et me la feraient manquer. Et pourtant je les renie parfois. Je ne sais pas ce que je veux, mais je sens ce que je ne voudrais pas et si je suis indécis, il est précis dans mon esprit que je répugne à être une fourmi. Suis-je trop frileux pour être cigale ? Pour l’instant oui. Mais je ne veux pas que le monde me formate comme je ne suis pas juste à cause d’une faiblesse passagère et qui, je le sens, cède le pas. Voilà pourquoi je vais un peu dévier de ce qui était prévu. Mais juste un peu, pas de révolution. J’ai déjà finalement un peu dévié mais dans un tout autre domaine et là ça n’était pas prévu. Comment livrer cette histoire sans tout raconter, comment seulement en saisir l’essence ? L’essentiel même, celui qui est invisible comme chacun sait et que seul des mots sans sens et du sens sans mot pourra retransmettre ? D’ailleur pourquoi le transmettre ? Je ne sais pas, juste un besoin, le besoin de mettre des mots sur du sens pour pouvoir mieux appréhender ce sens, l’attaquer.

Je regarde un tableau, acheté un jour de deuil sans mort et sans cercueil, il est bleu en fond de vague à large lèvre avec comme une fée ou comme un vieillard, comme une étincelle, tout brillant au milieu. Et quand je le regarde je ressens tant ! La douleur du deuil rappelée mais la chaleur d’un sentiment oublié ou plutôt enterré pour que la vie continue et aussi l’espérance d’un avenir plus joli et éternel. Un avenir avec celle qui peuple mes pensées, qui me fait tomber amoureux de personnes que je ne connais même pas juste parce qu’elles ont un air, une ressemblance, une aura ou un je ne sais quoi qui me ramène à elle et me la fait voir tout à travers elles. Je n’ai plus de nouvelle, certainement qu’elle m’a oublié et que je dois par conséquent en faire autant. La logique, la raison disent ça mais c’est vain, elle ne sort pas de mon esprit. Je la connais pourtant si peu, à peine même pourrait on dire. Mais je la reconnais. Comme dans les livres, comme un livre que la vie m’oblige à vivre page après page, sans possibilité de sauter les descriptions, ces moments de vie qui forment tout environnement nécessaire et qui posent les cadres, il faudrait finalement même savourer les descriptions parce que je n’ai qu’un livre à lire. Nous devrions peut être apprendre à lire.

En tout cas si je possédais un pouvoir de plume sur mon propre livre, j’écrirai, quelques pages plus tard, le chapitre où je te retrouverai parce que encore aujourd’hui c’est ma gorge qui se noue quand je pense à toi, c’est tout mon visage qui tressaille et c’est mes yeux dans les tiens quand je nous imagine si bien. Ce soir je n’ai pas pleuré depuis longtemps et toi à distance et sans même en avoir conscience tu me rends aux larmes… pas des torrents juste quelques gouttes tombant de notre amour de gouttière où il ne pleut plus guère je le crains que sur ma rivière de fer…

Par Johann
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Mercredi 17 janvier 2007

« Vous vous cherchez beaucoup », « vous êtes encore en maturation », dans un entretien de personnalité et alors que j’avais l’impression d’avoir donné des réponses claires et précises ça fait tout drôle d’entendre ça. Et pourtant, n’est ce pas rassurant de se chercher à 19 ans ? Je pense que d’une certaine façon on se cherche toute sa vie et ceux qui disent ne plus se chercher sont soit arrivés à un état que l’on pourrait qualifier de bonheur total soit au contraire ne sont que des êtres aigris à l’esprit obtus que leur prétention leur présente comme l’apogée de l’être humain.

Et finalement, rien qu’à se promener sur le net on se rend compte du nombre de personne qui se sont si peu trouvées, qui sont si peu sures d’elles que leur bouclier automatique, leur phrase de survie est « je suis ce que je suis ». Tu ne peux rien me dire, si tu ne m’aimes pas va voir ailleurs, si tu ne fais rien que mine de remettre en cause mes certitudes je te promets mon courroux et dans tout les cas, jamais je ne me poserai la question : « je suis ce que je suis, certes, mais que suis-je ? , mes actes reflètent ils mes pensées et mes pensées sont elles bien de moi ? ».

A coté de ça je suis presque l’extrême opposé. Je réfléchis à tout et je n’ai d’opinions certaines que sur de rares choses (je dirais la peine de mort et la démocratie), sur les autres je suis capable de défendre une opinion mais lorsque j’y repense ultérieurement, lorsque je suis mon propre juge, je ne sais vraiment plus que penser. La liberté ? Oui bien sur, et pourtant l’individualisme, non! Même l’amour ? Qu’est ce que l’amour ? On sent quand on aime, o n sent que quand on aime on vit mais en même temps en y réfléchissant on est si égoïste et si primaire quand on aime qu’on se dit que l’amour n’est finalement bien que le dernier rempart pour la survie de l’espèce et que nous ne sommes, que je ne suis, rien d’autre qu’un esclave de cette loi naturelle et qui est si bien faite qu’elle nous fait croire à tous que l’amour est le plus beau sentiment du monde. L’amour me ferait faire n’importe quoi je pense mais quand je dépose mon cœur sur le pavé un moment, et que je laisse à ma raison toute la place, je me rend compte que l’amour est peut être le pire des sentiments tant il est hypocrite, égoïste et bestial. Ce qui me désole c’est que je ne m’imagine pas vivre sans amour. Sincèrement ça me désole. Et je pense être encore bien plus que la moyenne un esclave de ce sentiment quand je vois à quel point il me touche et dicte ma vie. Je pensais que ça faisait de moi un homme bien, je me rends compte que ça fait de moi un non homme. « L’homme est un fil tendu entre l’inhumain et le surhumain » oui, je pense saisir ce que voulait dire Nietzsche.

Bref j’ai pas avancé des masses, je suis loin de savoir qui je suis mais ce qui est sur c’est que « je ne serai jamais ce que je suis ». J’espère seulement que ce que je veux être n’entrera pas en contradiction avec ce que je suis.

Par Johann
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Lundi 5 mars 2007

Certainement que tu n’es pas heureux parce que personne, ne peut affirmer sans tressaillir qu’il est une personne heureuse. Parfois on est « le plus heureux des hommes ! » mais jamais simplement heureux. Pourquoi ? Parce que nous nous trompons, parce que nous pensons que si nous étions comme ci, si nous étions comme ça, si nous avions ci, si nous avions ça, alors nous serions heureux ! Nous pensons que devenir heureux c’est combler un manque. Tu me vois là, penses tu que je suis heureux ?

Il réfléchit un instant, gêné par ce visage si, si … transpirant le malheur et la damnation qu’il ne pouvait répondre à une telle question émanant d’un tel visage. Il resta muet d’embarras.

Non, tu ne le penses pas, pour toi je suis malheureux parce que j’ai autant de manque à combler que de défaut sur ma face. Et pourtant, imagine, imagine une seconde… Tu le sens, tu sens que je suis bien plus heureux que toi et ton mètre quatre vingt, toi et ton costar tout brillant, toi et ton visage régulier dans un corps avenant. Chercher l’erreur. Aller, cherchons l’erreur. Peut être une autre fois car il est temps que j’y aille.

Sur ce il se leva, ferma le magasine, balança le mannequin au costar avec les autres magasines puis sortit des toilettes.

Il prend son manteau, éteint la lumière émerge dehors et s’en va dans la nuit matinale.

 

Clap clap clap font les chaussures noires et désuètes de ce petit bonhomme sur la chaussée. Haut bas, gauche droite et tout droit vont les yeux des passants sur ce petit bonhomme et les bouches serrées pensent « ah quel pauvre petit bonhomme ! ». Et le petit bonhomme continue à faire clap clap sur la chaussée puis sur les passages piétons jusque dans les escaliers, dans le métro, dans la salle des pas perdus et tout à coup, ils ne font plus que plop et plus rien, plus aucun son ne sort de ces vieilles semelles. Le petit bonhomme est arrivé.

« -Salut Alphonse ! » fait une voix enjouée, ou moqueuse (?).

Alphonse répond par un sourire laissant apparaître de jolies dents jeunes à l’écartement tel qui laisse deviner que cet homme là doit être comblé de bonheur !...

 

Douze heures plus tard :

« - Salut Alphonse. » fait la même voix beaucoup moins enjouée car fatiguée par une journée de travail. Le petit bonhomme aussi est fatigué, mais il répond par le même sourire, et le rythme des clap clap reprend. Le plop nous signale l’arrivée chez lui puis le bruit de serrure nous le confirme. L’appartement est minuscule, deux pièces de 8 et 10 mètres carrés, c’est peu pour un homme de 35ans.

Alphonse pose  ses affaires, tranquillement, il allume son petit poste de radio, met un quart d’heure à trouver une station qui capte bien, règle le volume sur 11 et s’installe sur son canapé, ou plutôt sur ce qui fut un jour un canapé et qui n’est plus aujourd’hui qu’une masse informe et délavée. Alphonse semble plutôt bien dans ce canapé à écouter sa musique. Il finit par se lever, se cuisine un petit plat, enfin il met des lasagnes au micro onde pour être exact. Il éteint la radio et mange dans un silence de mort. Il va se coucher et s’endort en quelques minutes. Cette journée fut une journée banale pour Alphonse, non pas que tous les jours soient les mêmes, jamais il ne revivait la même journée mais elles étaient toutes banales.

 

Ce matin il se lève ne déjeune pas, part directement au travail sans le bruit des clap pour l’accompagner. Il trouve un oiseau mort sur le trottoir, s’arrête pour le regarder, l’observe pendant une minute, écrase une larme et reprend sa route. Aujourd’hui il prend le bus, comme ça, sans raison. Il descend un arrêt trop tôt simplement parce qu’il n’a pas réfléchi et qu’il avait envie de descendre ici. Dix minutes en avance il arrive à son travail et n’est donc pas accueilli par le « salut » habituel puisqu’il est le premier arrivé.

La journée de travail passe, tranquillement, chaque client, chaque acheteur de billet est l’occasion pour Alphonse d’être gentil. Pour chaque visage il s’interroge, il imagine une histoire, dans tous les yeux il lit la pitié ou le dégoût mais il sourit, il se fout de leur plaire puisqu’à lui au moins, la vie plait. Il faut avouer qu’Alphonse n’est pas beau, selon les critères habituels il n’est pas beau, il est même laid, à la limite du repoussant. Le décrire est inutile et limite insultant. Alphonse n’est pas riche, il gagne simplement de quoi vivre frugalement avec quelques petits extras de temps en temps. Bref, Alphonse est le cauchemar incarné, l’allégorie du malheur, le cas d’école, le spécimen à étudier. L’insupportable est qu’Alphonse n’est même pas ni bête ni niais ce qui fait qu’il serait capable de se décrire exactement, voire plus durement, que nous le fîmes. Et pourtant, comme moi, vous commencez à envier Alphonse. Excepté son nom, je vous l’accorde.

 

De cette vie si pathétique en apparence il ne sort donc rien. Il n’y a rien à raconter, rien que la vie on ne peut plus banale d’un vendeur de billet au guichet SNCF de la gare Saint Lazare. Aucun évènement exceptionnel, aucun évènement tragique si ce n’est peut être sa naissance même, vraiment rien, rien de rien. Pourtant nous allons continuer à la conter, pour montrer que si les gens heureux ne semblent pas avoir d’histoire, c’est bien plutôt l’histoire qui ne compte pas beaucoup d’homme heureux. Pour une fois que nous en tenons un il serait dommage de le négliger.

La vie d’Alphonse est dépourvue d’amour car l’amour est partout dans sa vie. Ca n’est donc plus de l’amour à partir du moment où l’amour est dans la préférence, dans l’exclusivité. Gageons qu’il s’agisse néanmoins d’amour. Alphonse a remarqué une chose très juste : s’il est mal vu et considéré comme un élément de notre malheur de dépendre du regard des autres, il est aussi mal vu de n’être tourné que vers soi. Alors quoi, il faut se fiche des autres et de soi même tout autant ? Qu’est ce qu’il nous reste ? Le compromis. Le bonheur est donc le fruit de tous les compromis. Ceci est séduisant. Un peu s’occuper de soi, mais aussi s’occuper des autres mais pas des autres en tant qu’oppresseurs mais des autres comme si chacun d’entre eux était un alter ego. Alphonse doit être un fervent lecteur de la bible alors. Toutes les réponses à nos questions sur comment trouver le bonheur seraient dans ce livre sacré ? Dubitatif.

 

A coté de sa petite vie rangée, Alphonse a une passion : la politique. Il est militant communiste. Loin d’être l’homme de tous les compromis, il considère au contraire qu’il y a des domaines où on ne peut pas transiger. Et si on y pense la volonté du communisme n’est elle pas d’apporter le bonheur à tous, sans exception dans un monde sans inégalité, sans besoin puisque abondant, un monde où la véritable valeur, réhabilitée, est l’humain. Pour cette utopie, cette douce rêverie, Alphonse est communiste. Il n’a pas lu Marx, ne connaît pas grand chose Marx, il ne connaît rien du concret d’ailleurs, il se contente de rêver. Rêver à un monde meilleur. Quand on lui dit tout cela, il répond : «  si tous les hommes rêvaient en même temps comme je rêve où serait alors le rêve ? Là, devant vos yeux, il serait la réalité. Alors moi je rêve. Rêvez avec moi. » Quand il ne profite pas du présent, Alphonse rêve du futur et pour avoir l’impression que son rêve est la réalité, il le vit passionnément. La raison n’a rien à voir avec le bonheur.

Sa vie tient en peu de chose, il a un boulot médiocre, un prénom peu enviable, pas de femme, pas d’enfant et pourtant, cette vie là est belle parce qu’elle n’est vu que comme telle. Epicurien romantique qui ignore le regard des autres mais pose le sien sur tous ses alter ego humains avec toute son attention, homme passionné de l’avenir qui ne s’oublie en lui que pour sentir le présent vivant d’une autre saveur, la saveur de l’impossible et de l’imprévisible comme l’odeur d’une rose. Ah la rose… De ses épines à ses promesses…

Et si vous lui demandez quel personnage il admire le plus, il vous répondra Friedrich Engels. Oui c’est surprenant je vous l’accorde. Friedrich Engels. Cet homme intelligent qui n’était pas un génie mais avait l’intelligence de la lucidité. Cet homme qui ne rechigna pas à la tache pour permettre à la tache d’un des plus brillant personnage d’être réalisée. Un homme qui a vécu comme bon lui entendait et qui avait malgré tout cette vision universelle de l’humanité et cet altruisme qui en faisait, comme de son ami, un citoyen du monde. Cette expression à la mode peut être à l’origine du plus beau des rêves tant elle déroute par sa simplicité et la profondeur qu’elle comporte, qu’elle transporte… la recette du bonheur est peut être dans l’étude de cette expression. Soyons heureux, soyons citoyen du monde.

 

 

Aujourd’hui est un grand jour, par un détour qui s’avèrera être celui de sa vie, Alphonse se rend à son travail. Il s’y rend à pied et au dernier carrefour, celui juste devant la gare, notre petit bonhomme sans peur sans haine et sans tristesse meurt à toute vitesse, le sourire aux lèvres, le visage laid dans la sérénité, contre cette mercedes.

A ses funérailles il y a une dizaine de personne : quelques amis et sa famille. La cérémonie est sobre et il n’y a aucun passage chez le notaire, Alphonse ne lègue à tous que son sourire à la vie.

 

 

 

 

Par Johann
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